Quand j’ai vu la vidéo de Ken Robinson l’autre jour, sur « comment l’école tue la créativité », j’ai eu un déclic. Il disait à quel point la peur qui paralyse toute créativité provient de la peur de se tromper.

Cette peur est cristallisée dès les premiers pas à l’école, dès qu’un adulte attend de l’enfant qu’il donne la « bonne » réponse. Et qu’il déçoit son entourage quand il n’a pas su faire.

Et ça peut commencer très tôt.

C’est tellement pertinent d’avoir mis le doigt sur ça !

Et pourtant, toutes les innovations ont été créées par tâtonnement, avec à la base une idée, une envie, un élan qui n’a pas été coupé.

Et l’enfant a cet élan là naturellement. Jusqu’à ce qu’à force d’être jugé, un jour il arrête.

Mais cette peur là, si tu regardes bien, est présente partout, dans tous les domaines. Peur de se tromper d’orientation professionnelle, peur de se tromper dans un choix de vie différent, peur d’échouer dans un projet qui tient à coeur, peur de rater sa vie, car « se tromper », ici, c’est mal vu…

Peut-être parce que ça réveille un traumatisme primordial, d’avoir déçu les gens que tu as mis « au dessus  de toi » ? (Professeurs, parents…)

C’est quoi « se tromper » ?

Dans cette réalité, se tromper, c’est faire une erreur.

Mais qui a collé cette étiquette d’erreur dessus ?

Et si c’était un apprentissage ?

Est-ce qu’une expérience peut vraiment être une erreur ?

Ça ne fonctionne pas ? Ok, j’ai alors l’information dont j’avais besoin.

Maintenant je vais pouvoir explorer un autre chemin, jusqu’à ce que ça fonctionne comme je veux.

Mais si j’ai peur de me tromper, je ne vais plus explorer. Je ne vais plus oser aller voir ce qu’il y a par là. Oui il y a des voies qui ne me conviennent pas, des voies sans « issues », mais comment pourrai-je le savoir sans l’avoir expérimenté ?

Toute innovation prend à un moment donné un chemin novateur, qui n’a pas été pris auparavant.

De la neige fraîche, jamais foulée.

Et qui s’aventure, innove, prends le risque de se tromper.

Comme un pionnier.

Personne ne peut lui dire si ça va marcher ou pas.

Il est seul face à lui même, son idée, son intention, sa détermination à voir cette chose apparaître et sa persévérance pour la faire apparaître.

Combien de personnes se sont moquées des grands inventeurs en cours de recherches ?

C’est quoi ce truc de toujours vouloir « bien faire », et de ne jamais se tromper ?

Cette pression commence dans la vie des enfants de plus en plus tôt, dès l’entrée en maternelle.

« Je vois que d’autres réussissent ce que je ne sais pas encore faire, qu’est ce qui ne va pas chez moi ? Pourquoi lui y arrive ? »

Et voilà, le stress commence. La comparaison. Parfois même la honte.

Chez les adultes aussi. Un projet fou qui tombe à l’eau, et on entend «  Tu vois, je te l’avais dit ! », un échec professionnel, amoureux et c’est toute l’image de soi qui en prend un coup.

Alors on préfère ne plus prendre de risques. Ne plus subir ces jugements, cette honte de s’être trompé, d’avoir été naïf, incompétent, d’être un « looser ».

Mais comme disait Jacques Brel, « Il faut se casser la gueule ! Arrêter d’être prudent ! »

Ici en France « l’échec » est source de honte. En Amérique, c’est vu tout autrement. Si tu as essayé des trucs, c’est valorisé. Tu as une âme d’entrepreneur, de créateur, d’initiateur. Et si tu as essayé plusieurs fois, et que tu t’es cassé la gueule plusieurs fois, alors tu es invincible.

Si tu n’as plus peur de ça, alors le monde est à toi !

Auraient-ils pris conscience que c’est cette peur qui paralyse le plus la société ?

Auraient-ils décelé que « d’avoir peur mais y aller quand même » est la chose la plus précieuse dans tout projet ?

Qui nous a encouragé en ce sens dans cette réalité ?

A l’école…?

Je me souviens des bons points et des récompenses quand on avait les réponses justes.

De la tentation de copier sur l’autre face à la paralysie de la peur de se tromper…

Du vide intersidéral quand on m’interrogeait et que tout le monde attendait ma réponse

Du silence lourd et des jugements quand ma réponse était fausse

Des remarques assassines quand je n’étais plus présente et attentive

Des remarques assassines écrites dans mon relevé de notes

De la colère de mes parents de voir de telles remarques

De la déception des autres de constater que ce en quoi j’étais bonne c’était les arts plastiques :

La matière qui venait tout à la fin dans la hiérarchie des matières

Coefficient 1 face aux coefficients 9 des maths !

Les punitions quand je m’adonnais à ma passion en cachette

Quand tout le monde parlait chinois autour de moi

Quand la menace du redoublement planait chaque année

Avec son lot de stress, d’effort pour me contorsionner et leur donner ce qui était attendu

Et que c’est la fraude et la triche qui a remplacé les apprentissages réels

Car trop de stress…

Aujourd’hui…Que puis-je offrir à mes enfants ?

La liberté de se tromper.

La liberté d’apprendre ce qui les intéresse, de la façon qu’ils préfèrent, au moment qu’ils choisissent.

Le respect de leur différence.

La confiance.

Les laisser se casser la gueule. (oui je sais c’est difficile mais parfois nécessaire !)

L’égalité des matières

Le non-jugement

La non-comparaison

La non-compétition

C’est ce que je peux faire pour donner un sens à ce que j’ai vécu, prendre cette boue pour en faire de l’or…